Le Carnaval en province

Carnaval de Borgosesia

Parmi les principaux carnavals de la province de Vercelli, le Carnaval de Borgosesia, dont la renommée s’étend à tout le Piémont, par son expression typique et caractéristique, le Mercû Scûrot (mercredi sombre), est créé en 1854 par un groupe de bons vivants. Ce jour-là, des hommes élégants célèbrent à leur manière les obsèques du Carnaval, le jour des cendres, en accompagnant dans les rues de la ville un cercueil dans lequel gît un pantin de paille qui représente le Carnaval.

En 1855, le pantin fut baptisé Peru Magunella: «Peru» est le résultat de la dialectisation du nom de saint patron de la ville (San Pietro) et «Magunella» vient de «Magoni», surnom de habitants de Borgosesia. Ça n’est que trente ans plus tard que le personnage commença à être interprété par une personne et qu’on lui accola une compagne féminine, la Gin Fiammàa. Le Mercû Scûrot, considéré comme un événement unique au niveau européen, est le mercredi des Cendres, jour lors duquel, conformément à la tradition locale, le Carnaval de Borgosesia prend fin, à la différence de tous les autres qui se terminent à l’occasion du Mardi gras. Selon la tradition, en 1854, au terme du carnaval, un groupe d’hommes d’affaires allemands et alsaciens, à la tête d’une filature de laine fondée quelques années auparavant et aussi de ce qui deviendra par la suite la Manufacture Laines Borgosesia, ne se résignant pas à la fin des festivités, décidèrent de célébrer les funérailles du carnaval le matin du Mercredi des Cendres. Avec un faux cercueil placé sur une charrette, élégamment vêtus, ils prirent part à un cortège funèbre improvisé dans les rues du village, qui ne manquait pas de s’arrêter dans les auberges.

Aujourd’hui encore, cette tradition a été maintenue: les participants arborent haut-de-forme et cape, et sont munis d’une cuillère en bois qu’ils utilisent pour boire le vin qui leur est servi à différents endroits le long du parcours. Après le déjeuner, commence le tour de la ville qui prend fin tard dans la soirée avec la lecture du testament du Peru Magunella et la mise au bucher du pantin.

Carnaval de Crescentino

Les personnages emblématiques du Carnaval historique de Crescentino, célébré depuis 1929, sont la Reine Papetta et le Comte Tizzoni, couronné, selon un rite particulier, la veille du défilé des chars allégoriques. La tradition carnavalesque est liée à un événement qui eut lieu en 1529: un groupe de jeunes originaires de Crescentino, alliés à la ville de Vische, se révolta contre le despote d’alors, le Comte Riccardo IV Tizzoni qui fut tué.

La légende, construite à partir de la vérité historique, raconte qu’en 1529 le Comte Riccardo IV Tizzoni, outre les innombrables vexations et violences imposées à la population, décréta le jus primae noctis, à savoir le droit de passer la nuit de noces avec les jeunes mariées du village. Lors des derniers jours du carnaval, la nuit du 14 au 15 février 1529, alors que le village dormait, la fille du meunier du Moulin Stella, coupa la tête du tyran alors même que retentissait la cloche de la Tour municipale pour appeler le peuple à se soulever. Selon la tradition, le nom de Papetta provient du maïs dont était tirée la farine utilisée pour préparer la polenta, puisqu’elle était en effet la fille du meunier. La manifestation se termine par le défilé des chars auquel prennent part des musiciens, des groupes de folklore, des majorettes et des sbandieratori(lanceurs de drapeaux).

Carnaval de Santhià

Le Carnaval de Santhià est le plus ancien du Piémont. Il tient ses origines dans l’Abadia, une association laïque qui s’occupait de l’organisation des bals et des fêtes de carnaval. L’Abbadia est mentionnée pour la première fois dans un document daté de 1338 mais au XVe siècle, elle est remplacée par l’Antica Società Fagiolesca, ancêtre de l’actuel Comité du Carnaval.

C’est le 6 janvier de chaque année qu’a lieu la cérémonie d’ouverture des festivités: les protagonistes et les rites ancestraux liés à la manifestation constituent les traits caractéristiques du Carnaval de Santhià, qu’ils transforment en un des rendez-vous de la tradition à ne manquer à aucun prix.

Les personnages emblématiques de la manifestation sont Majutin dal Pampardù et Stevulin ‘dla Plisera, les maîtres absolus de la ville tout au long des trois journées que dure le carnaval. Si l’on en croit la légende, Stevulin et Majuti sont un couple de paysans qui se rendirent à Santhià il y a de cela plusieurs siècles pour leur voyage de noces. Le Seigneur local, avec le consentement de la population, remit les clés de la ville aux deux jeunes mariés, en les autorisant ainsi à gouverner et à rendre la justice pendant les trois journées de festivités. Telles sont les origines de la cérémonie de la remise des clés de la ville, après laquelle Stevulin lit un discours à la population, en dialecte, qui traite avec humour de questions d’actualité.

Pendant la cérémonie de présentation de Stevu et Majot, le nouveau couple reçoit les accessoires typiques qui font partie de leur costumes: le caplin, la cavagnaet l’umbrela pour lui, et le spunciun, la scusal et la mantlinapour elle, tandis que le couple élu de l’année précédente rejoint le groupe desStevu e Majot Früst.

Parmi les moments marquants du carnaval et les rites de la tradition: le très ancien rite de la Salamanda, aujourd’hui revisité, lors duquel un groupe de personnes déguisées en cochons, distribuent, en une procession dans les rues de la ville, des sandwichs à la porchetta; la plus grande soupe aux haricots d’Italie lors de laquelle environ 20000 rations sont distribuées; le réveil de la population et mais surtout des préposés à la préparation sur la place de la grande soupe aux haricots, à cinq heures du matin au son des fifres et des tambours que fait résonner une des plus anciennes formation d’Italie.

Le rite final des festivités est la mise au bucher de Babaciu lors duquel le pantin en papier mâché qui représente l’essence même de la manifestation, alors que la statue du Ganduja est déposée de son trône.

Carnaval de Varallo

Le Carnaval de Varallo, une des traditions les plus anciens de la ville qui en termes carnascialeschiest appelé le giorno della vecchia Pasquetta. Il se termine le premier jour du Carême avec la procession du Marcantonio (le principal personnage du carnaval).

Les origines des festivités remontent à 1595 lorsque quelques moines du Sacro Monte di Varallo furent surpris à fêter le carnaval. Aujourd’hui, le groupe déguisé qui incarne l’esprit du carnaval est composé de douze personnes, dont deux incarnent les personnages principaux, le Roi Marcantonio et son épouse Cecca.

Par le passé, la Pasquettaou lundi de Pâques symbolisait l’Épiphanie et était célébrée par un grand feu comme salut à la nouvelle année, une fête de sépulture du passé et de vœux pour la nouvelle année et le début du carnaval. Progressivement, la tradition populaire a transformé la Pasquetta en la mère de Marcantonio et du carnaval, une femme à la fécondité éternelle dont la mission est d’enfanter chaque année un nouveau Carnaval, un nouvel enfant baptisé Marcantonio, re dei Dughi e dei Falchetti (noms donnés aux habitants de Varallo pendant cette période). Au défilé qui chaque année a lieu le jour de l’Épiphanie participent également les personnages qui représentent le Vecchio Bacucco, le mari de la Pasquetta, et la Balia. Le Vecchio Bacuccon’est que le père putatif de Marcantonio et c’est autour de cette question que se déroule le procès et que le bucher de la Pasquetta sul Mastallone est allumé.

Autre moment à ne pas manquer du carnaval de Varallo, le Gran Bal dla Cecca qui a lieu au Teatro Civico. La Cecca est l’épouse de Marcantonio, la reine du Carnaval. Depuis 1950, la tradition veut que la Cecca soit élue la veille au soir de la fête du patron de la ville, pendant le Gran Veglione di San Gaudenzio, qu’elle est aujourd’hui choisie parmi les jeunes filles de Varallo et que son identité reste secrète jusqu’au soir du Bal de la Cecca. Le dimanche, Marcantonio reçoit les clés et de la ville et ensuite un défilé des personnages du carnaval fait régner la bonne humeur dans les rues de Varallo.

A ne pas manquer non plus, le «lundi gras», avec la Giurnàa ‘dla leugna et le Bal ‘dla Lüm. Comme le veut la tradition, en cette journée, les habitants de Varallo, se rendent dans la localité de Crevola, au-delà du pont qui enjambe la Sesia, pour recevoir le bois des mains des habitants, servant à cuire la panicciale lendemain. Les origines de cette tradition sont obscures mais l’hypothèse la plus vraisemblable est que par le passé une sentence avait octroyé aux habitants de Varallo une sorte de droit féodal sur la communauté de Crevola, et aujourd’hui cette pratique est devenue une coutume. La journée se termine par le traditionnel bal qui tire son nom de la Lum, le vieille lampe qui éclairait les veillées des montagnards valsesiani, aujourd’hui devenue un symbole du carnaval de Varallo. Les origines du bal remontent à 1876 quand, à l’Osteria del Lupo di Varallo Vecchio, à l’occasion du carnaval, un bal fut organisé au milieu de décorations rustiques et des Lum en fer pour éclairer l’établissement. A l’occasion de cette soirée, le plus beau costume et le groupe le mieux déguisé furent récompensés.

Le mardi est le jour de la traditionnelle Paniccia, une riche soupe à base de riz et de légumes, cuite dans d’énormes marmites et qui à l’époque était la seule garantie d’un repas chaud pour les pauvres et les nécessiteux. Comme le veut la tradition, les feux sont allumés à six heures du matin, Piazza San Carlo.

Enfin le carnaval se termine par le procès de Marcantonio et le bucher, le soir du mercredi des Cendres, avec un spectacle théâtral pendant lequel les faits les plus marquants de l’actualité local sont tournés en dérision.

Carnaval de Vercelli

Le Carnaval de Vercelli est désormais un des plus important puisque sa renommée à franchi les frontières de la région. Il commence par la présentation des principaux personnages de Vercelli, le Bicciolano et sa femme, la Bela Majin, et après veillées, soupes de haricots et bals des enfants, arrive le moment le plus important et connu: le défilé des chars et des groupes déguisés.

L’histoire rattachée au personnage appelé Bicciolano se situe à la fin du XVIIIesiècle, dans le contexte de la Révolution français dont les vagues arrivaient dans le Piémont, alors que Vercelli était gouverné par une classe aisée et intouchable qui imposait taxes et gabelles pour s’enrichir. En défense du peuple, Carlin Belletti dit le Bicciolano, figure légendaire de l’époque, prend la tête de la révolte. Tenu prisonnier dans le château d’Ivrea par les puissants, une fois libéré, il retourne à Vercelli et y est fêté en héros. Son nom marquera l’histoire et reste lié aux idéaux de justice et d’égalité.

Les rendez-vous les plus importants du Carnaval, outre la proclamation de la Bela Majin, sont l’arrivée du Bicciolano et de son épouse, après la remise symbolique des clés de la ville et le défilés des chars allégoriques, moments uniquement qui incarnent le véritable esprit du Carnaval et qui pour cette raison même voit la participation de nombreux comités carnevaleschi de toute la province et qui aussi voit affluer un public nombreux, heureux de ce rassemblement qui offre un moment de joie et d’insouciance , le moment de l’année où tout est possible.

Le Bicciolano a été inscrit au nombre des personnages de l’Association italienne des personnages de carnaval.